POUCET
Conception et mise en scène Hélène Soulié
Texte Magali Mougel en collaboration avec Hélène Soulié
Création saison 2027-2028
CREDIT PHOTO : © DR
dominer la nature ou de s’en protéger, mais d’apprendre à négocier des alliances
avec d’autres manières d’être vivant.”
Baptiste Morizot — Manières d’être vivant
Poucet s’impose à moi aujourd’hui depuis un endroit où l’intime et le politique ne peuvent
plus être séparés. Depuis un monde abîmé. Depuis un monde qui laisse ses enfants dehors.
Depuis un moment de bascule où la question de la survie – matérielle, affective, symbolique – redevient centrale.
À l’heure où j’écris, en France, des enfants dorment dans la rue.
À l’heure où j’écris, les tempêtes se multiplient, les ressources s’épuisent, et prendre soin – des autres, du vivant – n’est plus une évidence partagée.
À l’heure où j’écris, les idéologies de rejet, de hiérarchisation des vies, de peur de l’autre, gagnent du terrain.
Et pourtant, à l’heure où j’écris, j’entends chaque jour les cris et les rires des enfants dans la cour de l’école en bas de chez moi.
Ce frottement-là – entre la dureté du réel et la vitalité des enfants – est exactement l’endroit d’où naît Poucet.
Le conte d’abandon, de faim, de pauvreté.
Mais c’est aussi un conte de fratrie, où les enfants prennent soin les uns des autres.
Un conte où la survie n’est jamais une affaire solitaire.
Qui est Poucet aujourd’hui ?
Que nous apprend-il du monde dans lequel nous vivons ?
Quel chemin ouvre-t-il pour demain ?
Une fable pour temps de crise.
Un récit pour continuer à penser, à désirer, à inventer, même quand tout semble se refermer.
DISTRIBUTION
Conception et mise en scène
Hélène Soulié
Texte
Magali Mougel en collaboration avec Hélène Soulié
Assistante mise en scène
Chloé Bégou
Avec
4 acteur.ices
Scénographie Emmanuelle Debeusscher & Hélène Soulié
Création vidéo Maïa Fastinger
Création lumière Juliette Besançon
Composition musicale Jean-Christophe Sirven
Création costumes Pétronille salomé
Régie générale Marion Koechlin
Direction des productions :
Olivier Talpaert
Nathalie Untersinger
TéLéCHARGEMENTS
« Notre tâche est de fabriquer des parents d’une nouvelle sorte, de nouer des parentés impensées, des fratries inter-espèces. Il s’agit de vivre et de mourir bien, ensemble, sur une Terre abîmée, pour cultiver ce qui est encore possible. »
Donna Haraway — Vivre avec le trouble
Il y a des contes qui reviennent parce qu’ils insistent.
Parce qu’ils contiennent quelque chose qui n’a pas fini de nous regarder.
Poucet s’impose à moi aujourd’hui depuis un endroit où l’intime et le politique ne peuvent plus être séparés. Depuis un monde abîmé. Depuis un monde qui laisse ses enfants dehors. Depuis un moment de bascule où la question de la survie – matérielle, affective, symbolique – redevient centrale.
À l’heure où j’écris, en France, des enfants dorment dans la rue.
À l’heure où j’écris, les tempêtes se multiplient, les ressources s’épuisent, et prendre soin – des autres, du vivant – n’est plus une évidence partagée.
À l’heure où j’écris, les idéologies de rejet, de hiérarchisation des vies, de peur de l’autre, gagnent du terrain.
Et pourtant, à l’heure où j’écris, j’entends chaque jour les cris et les rires des enfants dans la cour de l’école en bas de chez moi.
Ce frottement-là – entre la dureté du réel et la vitalité des enfants – est exactement l’endroit d’où naît Poucet.
Le conte du Petit Poucet est un conte d’abandon.
Un conte de faim.
Un conte de pauvreté.
Un conte où des parents, acculés, abandonnent leurs enfants dans la forêt faute de pouvoir les nourrir.
Mais c’est aussi un conte de fratrie.
Un conte où les enfants prennent soin les uns des autres. Un conte où la survie n’est jamais une affaire solitaire.
Ce qui me touche profondément dans Poucet, c’est que face à la défaillance des adultes, ce sont les enfants qui inventent des formes de solidarité, d’organisation, de protection mutuelle. La fratrie devient un refuge, une microsociété fragile mais inventive. Le plus petit, le plus silencieux, celui qu’on méprise, n’est pas écrasé : il trouve sa place.
C’est dans cette lignée que, dans l’écriture que nous inventerons, Sam (Poucet) rencontre Alice, une Poucette d’aujourd’hui, elle aussi abandonnée à la marge. En croisant leurs solitudes, ils déplacent les frontières de leurs contes d’origine pour inventer une communauté d’élection.
Aussi, si ce conte me revient aujourd’hui, c’est parce qu’il parle frontalement de ce que nous traversons : une crise écologique, sociale, politique, mais aussi une crise du lien, du refuge, de la transmission.
Je viens de perdre ma mère.
Sa maison, qui était mon refuge, va être vendue.
J’ai envie, très concrètement, d’un abri. D’un lieu où tenir.
Dans les contes, les mères meurent souvent au début, laissant place aux figures d’ogres. Cette violence symbolique résonne aujourd’hui autrement, dans un monde où les protections disparaissent.
L’Ogre qui surgira dans la pièce est le pur produit de l’Anthropocène : un géant de béton et de déforestation, malade d’avoir englouti le monde industriel et d’avoir oublié le goût du vivant. Le combat des enfants change alors de nature : il ne s’agit plus de tuer le monstre, mais de le soigner, de panser sa faim par une politique du soin (care).
Mon enfant, lui, est devenu grand.
Je crois que j’ai grandi à son contact plus que je ne l’ai aidé à grandir. Comme s’il savait déjà quelque chose du monde que j’étais en train d’apprendre. J’aime cette idée que les enfants savent mieux que nous. Qu’ils nous éduquent. Qu’ils nous révèlent.
Depuis toujours, mon travail est traversé par la figure de l’enfant – non pas l’enfant idéalisé, mais l’enfant comme sujet politique, comme force de pensée, comme regard déplacé sur le réel. Penser le monde à hauteur d’enfant, ce n’est pas l’édulcorer. C’est au contraire en révéler la violence, mais aussi les possibles.
Poucet dialogue ainsi avec des imaginaires contemporains qui me nourrissent profondément. Le cinéma d’animation japonais, notamment celui du Studio Ghibli, met souvent en scène des enfants confrontés à la catastrophe – guerre, effondrement écologique, disparition des adultes – qui ne survivent pas par la domination, mais par la douceur, l’entraide, l’attention portée au vivant. Observer, écouter, coopérer avec la nature devient une manière d’habiter le monde autrement. Cette même énergie traverse le cinéma solaire et social de Robert Guédiguian – par exemple son film Les Neiges du Kilimandjaro, inspiré du poème de Victor Hugo Les Pauvres Gens, où la solidarité, la transmission et le collectif résistent concrètement à la violence du monde.
Ces récits résonnent avec des faits réels, presque mythologiques tant ils semblent issus d’un conte contemporain. En 2023, en Colombie, quatre enfants ont survécu seuls pendant quarante jours dans la jungle après le crash de leur avion. La grande sœur, parce qu’elle connaissait les plantes, les cycles de la forêt, ce qui nourrit et ce qui soigne, a permis aux plus jeunes de tenir. La connaissance du vivant est devenue un outil de survie, mais aussi de soin, de responsabilité et de transmission. De la même manière, l’histoire de deux frères de 5 et 7 ans ayant vécu pendant 7 ans dans les bois après la Seconde Guerre mondiale raconte comment l’attention à la forêt, à ses rythmes, à ses ressources, peut devenir une véritable maison.
Penser que la nature peut nous apprendre comment vivre.
Penser que l’on peut apprendre les uns des autres.
Penser que, même abandonnés, les enfants inventent des formes de communauté.
Avec Peau d’âne – La fête est finie, premier projet à destination de tous les publics, j’ai fait l’expérience bouleversante du théâtre comme lieu de rassemblement intergénérationnel. Voir des enfants, des parents, des grands-parents, des adolescent·es, des étudiant·es partager une même fiction. Traverser ensemble un récit. Réenchanter, collectivement, un réel devenu souvent insupportable.
Poucet s’inscrit dans cette continuité.
Les contes populaires ne sont pas faits pour être consommés seuls. Ils sont faits pour être traversés ensemble. S’ils sont populaires, c’est parce qu’ils parlent à toutes et tous. Ils nous permettent d’aborder, par la fiction, des territoires inquiétants : la faim, la peur, l’abandon, la mort, la violence sociale. Ils nous consolent autant qu’ils nous réveillent. Ils nous mettent en mouvement.
Ce qui m’importe aujourd’hui, ce n’est pas de raconter Le Petit Poucet, mais de demander :
Qui est Poucet aujourd’hui ?
Que nous apprend-il du monde dans lequel nous vivons ?
Quel chemin ouvre-t-il pour demain ?
Avec l’autrice Magali Mougel, nous inventerons une dramaturgie ouverte, capable de parler aux enfants comme aux adultes, sans hiérarchie, sans simplification. Son écriture, attentive aux existences reléguées et aux failles sociales, entre en résonance profonde avec ce conte et avec mon imaginaire scénique : un théâtre traversé par le trouble, le queer, le glissement du familier vers l’inquiétant.
Poucet promet un conte réécrit depuis aujourd’hui.
Un conte où les figures traditionnelles se déplacent.
Un conte où l’enfant n’est pas genré, où il désassigne.
Un conte où la ruse devient une forme de résistance politique.
Un conte où le caillou blanc ne sert plus à retrouver le chemin d’une maison défaillante, mais devient une preuve sensorielle, une boussole de matière brute face à l’anesthésie des écrans et du virtuel. Un conte où laisser des traces — des cailloux, des miettes, des mots — devient un acte de survie, de mémoire et de ralliement.
Ce spectacle promet une traversée collective.
Une fable pour temps de crise.
Un récit pour continuer à penser, à désirer, à inventer, même quand tout semble se refermer.
Hélène Soulié, avril 2026